Exposition : Formes et couleurs

 » Toute l’action de la peinture rĂ©side dans le rapport des couleurs entre elles, dans le rapport des formes entre elles, et dans le rapport entre les formes et les couleurs. « 
Auguste Herbin.

S’il en va ainsi pour la peinture selon A. HERBIN, il en est de même pour le motif, expressif ou décoratif, qui vient orner les toiles imprimées.
L’utilisation de formes géométriques et de couleurs vise dans un premier temps à créer un vocabulaire compréhensible par tous et utilisable dans tous les domaines. La grammaire utilisée permet des combinaisons infinies mais c’est justement dans la simplicité de celle-ci que résident ses limites. L’utilisation de la forme et de la couleur semble à la portée de tous mais les résultats sont comme dans l’écriture, de niveau plus ou moins réussi.
Les dessinateurs textiles ont joué un rôle précurseur dans le processus créatif par l’utilisation de la forme et de la couleur.

Dès la seconde moitié du 17ème siècle le succès des premières indiennes arrivées en occident est largement dû à leurs riches couleurs.  Elles illuminent les intérieurs et les vêtements des européens. Rapidement les manufactures occidentales s’en inspirent et elles forment les premières bases du vocabulaire décoratif textile. Les couleurs naturelles, essentiellement la garance et l’indigo limitent la palette créative mais la fantaisie des dessinateurs n’a pas de borne pour inventer de nouveaux dessins. Ceux-ci sont à la base du succès commercial.
Le dessin doit donner envie de consommer. Il faut sans cesse renouveler l’offre et les dessinateurs vont passer maître dans l’utilisation de la forme et la couleur pour échapper à la réalité naturelle.

L’harmonie des couleurs est un sujet récurrent dans le textile. Déjà dans l’antiquité, les problèmes de la relation des couleurs entre elles et de l’influence de la lumière sur ces dernières sont posés pour le tissage des étoffes.

A l’origine, le coloriste a peu de teintes à sa disposition. Jusqu’à l’invention des  premiers colorants synthétiques dans les années 1850, les couleurs naturelles pour la teinture ou l’impression sont issues de  la pourpre, la garance, le pastel, l’indigo, le kermès, la cochenille, le safran et l’oseille. En Alsace, Jean-Michel Haussmann (1742-1829), manufacturier au Logelbach près de Colmar, a été un précurseur en améliorant l’application des mordants sur les toiles de lin ou de coton. Dans les années 1790,  des colorants minéraux apparaissent tels que le chamois de l’hydrate d’oxyde ferrique, l’orangé de l’antimoine, le bleu de Prusse et le bistre du manganèse.

Dès le 18ème siècle, ils s’inspirent de l’infiniment petit que le perfectionnement des microscopes leur permet d’appréhender. Ils créent des étoffes abstraites ou couvertes de modules ressemblant à des cellules.
Au 19ème siècle les débuts de la chimie, l’amélioration des techniques de gravures, l’utilisation de la laine débrident leur imagination. Sans idéologie, mais par nécessité commerciale, ils utilisent des formes abstraites ou géométriques, s’inspirent du mouvement, utilisent la troisième dimension pour créer des étoffes cinétiques ou construites.

Au 19ème siècle, les recherches des  chimistes Claude Louis Berthollet (1748-1822), Etienne Chevreul (1786-1889), Wilhelm von Hofmann (1818-1892) et William Henry Perkins (1838-1907) posent les bases scientifiques des interactions des couleurs et conduisent à la création des teintures synthétiques. L’élargissement de la gamme chromatique, les études sur les contrastes et l’harmonie des couleurs ouvrent au monde textile des possibilités créatives nouvelles et influencent l’art du teinturier coloriste et le vocabulaire décoratif traditionnel.

Les travaux de  Michel Eugène Chevreul (1786-1889) ont eu une influence déterminante sur l’art décoratif et particulièrement sur la peinture et par extension sur les dessins textiles. Chimiste, met au point sa théorie des contrastes en étudiant le rapport des couleurs entre elles dans les tissages des tapisseries. En 1864, il publie, Des couleurs et de leur application aux arts industriels. Ils offrent les cercles chromatiques qui doivent aider à l’utilisation harmonieuse des couleurs.

Au 20ème siècle, la peinture moderne reprend ces principes accompagnés d’un discours au travers de peintres comme Delaunay,  Mondrian, Albers ou Vasarely. Dans les années 1930, le style art déco produit des étoffes géométriques très graphiques qui accompagnent le mobilier et la décoration de l’époque. Dans les années 1950-60, la peinture inspire l’univers textile au travers de mouvements comme l’abstraction géométrique ou lyrique. Dans les années 1970, une géométrie cinétique couvre les tissus. De nos jours l’abstraction colorée du Street-art renouvelle le vocabulaire décoratif textile. Les mouvements artistiques ont influencé le textile.

Parfois les dessinateurs ont été des précurseurs et ont produit des motifs d’avant-garde. Parfoisls se contentent de s’en inspirer ou de les copier. En 1965, Yves Saint Laurent crée pour sa collection Automne/Hiver sa légendaire robe Mondrian, inspirée du célèbre peintre Piet Mondrian autre inventeur de l’abstraction. Celle dernière fera l’objet de nombreuses copies.

L’exposition « Formes et couleurs » invite donc le visiteur à plonger dans cet univers fascinant, graphique et bigarré, spontané et conceptuel, où les œuvres de grands maîtres du XXème dialoguent avec les créations dessinateurs textiles de génie. Dans une scénographie, fatalement colorée et architecturée,  le processus créateur de ces générations successives de dessinateurs légitimement mis en évidence.

 

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